Sur les traces du punk à Londres, d'hier à aujourd'hui
King's Road, le 100 Club, Camden : le punk est né à Londres au milieu des années 1970. Les lieux, les groupes et ce qu'il en reste aujourd'hui.

Le punk est devenu une mode, une esthétique, un rayon de boutique. Il a pourtant commencé comme une colère, et c’est à Londres qu’il a pris racine, au milieu des années 1970. Petite promenade sur ses traces.
Un passé No Future
Londres, milieu des années 1970. Le pays traverse une crise économique, le chômage monte, et une partie de la jeunesse ne voit pas d’avenir. La contre-culture passe d’abord par le do it yourself : on fabrique ses vêtements, ses badges, ses fanzines, puis sa musique. Être punk, c’est dire son ras-le-bol, du rock planant comme du disco, de la société de consommation comme de l’ordre établi. Provoquer est un moyen, pas une fin.
King’s Road, le point de départ
Tout commence dans une boutique de Chelsea, au 430 King’s Road. Vivienne Westwood et Malcolm McLaren y tiennent de 1974 à 1976 un magasin baptisé simplement SEX : cuir, latex, épingles à nourrice et t-shirts provocants. C’est dans cet entourage que naissent les Sex Pistols, dont McLaren devient le manager.
La boutique change plusieurs fois de nom. Elle s’appelle aujourd’hui Worlds End et se reconnaît à son horloge dont les aiguilles tournent à l’envers.
Autre repère de l’époque, le Kensington Market, sur Kensington High Street, avec ses étals de fripes, de clous et de simili-cuir, a aujourd’hui disparu.
Le 100 Club, la scène
La colère se joue sur scène, plus ou moins bien, mais avec une énergie qui compte plus que la technique. Le lieu culte, c’est le 100 Club, une cave du 100 Oxford Street où l’on joue de la musique live depuis 1942. Les 20 et 21 septembre 1976, il accueille le premier festival punk international : Sex Pistols, The Clash, Siouxsie and the Banshees, The Damned, Buzzcocks, Subway Sect, The Stranglers. L’événement fait sortir le mouvement de l’underground. Le club est toujours ouvert.
Des Pistols au Clash
Inspirés par les Américains, des Ramones à Patti Smith, les groupes londoniens se multiplient. Les Sex Pistols, formés en 1975, deviennent le groupe le plus médiatisé, et le plus scandaleux, de sa génération. The Clash, plus politique, sort en décembre 1979 l’album London Calling. Son titre reprend l’indicatif de la BBC, « This is London calling », que la radio diffusait vers l’Europe occupée pendant la Seconde Guerre mondiale.
The Damned, Siouxsie and the Banshees ou The Jam répandent le son londonien dans le monde entier. Le punk donne ensuite naissance à d’autres scènes : le 2-Tone, renaissance du ska jamaïcain à la fin des années 1970, avec The Specials ou Madness ; la Oi ! ; et, aux États-Unis, le punk hardcore.
Ce qu’il en reste
Camden a pris le relais. Son marché, né en 1974 avec quelques étals d’artisans près de l’écluse du Regent’s Canal, est devenu le rendez-vous des styles alternatifs, punk et gothique. Très touristique aujourd’hui, il garde ses boutiques de cuir, de bottes et de vinyles.
Les institutions ont fini par adopter les rebelles : expositions, rétrospectives et plaques commémoratives jalonnent la ville. Le punk n’a plus rien de souterrain, mais l’idée de faire soi-même, avec trois accords et beaucoup d’aplomb, a survécu.
Pratique
100 Club
100 Oxford Street, W1D 1LL (Tottenham Court Road)
the100club.co.uk
Worlds End
430 King’s Road, SW10 0LJ (Fulham Broadway ou Sloane Square, puis bus)
Texte de Johanna Arnoult (2019), mis à jour par la rédaction.